Explorer la forêt

Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été.

- Albert Camus

Le 21 octobre dernier, nous avons célébré le 40e anniversaire de la naissance d’un arbre. Que dis-je? Un arbre? Je devrais plutôt parler d’un séquoia! Un arbre que nous avons tous contribué à faire grandir. Un arbre tellement massif et grand qu’il fait la fierté d’un peuple. Un arbre qui a su séduire la francophonie avec ces énormes bourgeons et surtout son accessibilité. Un arbre ayant une présence tellement imposante qu’on en oublie la forêt.

Bien sûr, nous avons entendu parler d’une ou deux autres espèces. Certains en ont même déjà vu à Chicago, mais commencez à discuter de la forêt avec un dendrologue* amateur et il finira toujours par la comparer à l’arbre, pire, à parler de l'arbre comme s'il s'agissait de la forêt. Un exemple concret : la semaine dernière, je suis allé donner une journée d’ateliers sur les rudiments de la forêt à des professeurs qui enseignent la Flore et la Faune à des jeunes. J’avais beau leur dire d’enseigner la forêt avant de se concentrer sur l’arbre, malgré tout, ils continuaient de me poser des questions comme « Comment devrions-nous tailler les branches du séquoia? »

Il ne faut pas s’y méprendre, j’adore l’arbre. J’ai grandi avec l’arbre et je vais encore m’y ressourcer de façon régulière. C’est même cet arbre qui m’a inspiré, avec quelques amis, à planter une graine au début des années 2000. Une graine qui a poussé extrêmement rapidement. Une graine qui nous a permis de découvrir une autre sorte d’arbre. Avec un feuillage complètement différent. Et c’est entre les branches de ce nouvel arbre que j’ai aperçu la forêt. Une forêt majestueuse constituée de gros arbres comme le nôtre, mais aussi de nabots, de pousses en forte croissance et même de plantes que je ne pouvais même pas m’imaginer.

À la fin du mois d’octobre, nous sommes allés présenter notre bonsaï à New York dans l’espoir de le faire découvrir à des technologues en foresterie. Nous avons reçu un message d’une femme de la Floride ayant un podcast sur les souches qui nous disait qu’elle avait apprécié notre pousse et aimerait bien en discuter avec nous. C’est un début.

Aujourd’hui, les amateurs et professionnels européens commencent à s’ouvrir aux différentes essences de la forêt. Ils sont plus vites que nous. Nous avons le droit d’être fiers d’avoir fait pousser un grand et majestueux conifère. Bravo à notre arbre de se tenir aussi droit et fort après tout ce temps. Mais peut-être devrions-nous arrêter de nous attarder à lui faire pousser de nouvelles branches en pensant qu’elles offrent quelque chose de jamais vu. Il est temps de diversifier ce qui pousse autour de lui si on désire le voir grandir encore.

TL;DR le match d’impro est un gros et bel arbre qui nous empêche de voir les autres concepts, aka la forêt.

 

*Spécialiste de l’étude du bois, des arbres.