CINPLASS - Manifeste premier

Impro? Faites-moi rire!

Il n’a jamais été donné à l’être humain plus bel outil que l’improvisation. Rien n’a jamais égalé les jeux d’enfants, les récits de pêche, sinon la vie elle-même, car toutes ces formes sont de l’improvisation. Même notre mort, nous l’improviserons, avec toute la beauté de notre impuissance.

Faisons la différence entre deux termes de base. Le premier, que nous nommons improvisation, renvoie à une pratique séculaire, instinctive et antérieure à la civilisation. Le second terme, impro (que nous pourrions aussi nommer le jeu de l’impro), a été créé en 1977 par feu Robert Gravel. Ce dernier a inventé un jeu calqué sur le hockey, un jeu avec des équipes, un pointage, un arbitre et des punitions.

Comme tout jeu, le jeu de l’impro a des règles. Comme toutes les règles, les règles de l’impro existent pour promouvoir le « bon jeu », le « fair play ». Comme toutes les règles, les règles de l’impro portent en elles-mêmes la philosophie du jeu qu’elles régissent.

Voici, en SEPT points, l’âme de l’impro tel que nous la concevons. 


1) Cabotinage : Je n’irai pas chercher l’attention du public au détriment de l’impro. Au contraire, tout ce que je ferai ira dans le sens de l’impro, sans me tourner vers mon nombril.

2) Confusion: Je ne m’aveuglerai pas, seul dans ma bulle. Je ferai la même impro que mes partenaires. Même quand la situation semblera désespérée, je me battrai jusqu’à la dernière seconde pour faire triompher la cohésion, pour que l’impro vive.

3) Décrochage : Je n’existerai pas en dehors de l’impro. Je friserai la folie pour que mon personnage vive et communique à travers SON cœur, SON âme et SES valeurs. Je croirai en l’impro comme je crois en moi-même; il est donc nécessaire que je crois en moi.

4) Retard de jeu : Je n’encouragerai pas la stagnation. Le surplace n’a pas sa place en impro et, d’une manière ou d’une autre, même au sein d’un huis clos, je ferai tout pour que quelque chose avance et se transmute. Car je sais que l’impro est mouvement.

5) Manque d’écoute : Je ne fermerai jamais mes oreilles aux propositions de mes partenaires. Je sais que la seule réalité qui existe est celle que nous créerons collectivement. Ma tête, je dois la mettre de côté. Abnégation est le mot que je veux mettre en premier dans mon vocabulaire.

6) Obstruction : Je n’empêcherai jamais un partenaire de construire l’impro. Je n’ai et n’aurai jamais un quelconque droit de veto sur l’impro, même si je ne suis pas d’accord. Car, je sais que, pendant l’impro, les propositions ne sont ni bonnes ni mauvaises; elles sont, point.

7) Refus de personnage : Je ne peux pas refuser la réalité. Lorsqu’un personnage se présentera devant moi, il incarnera une partie de la réalité. Mon devoir est de prendre cette réalité, de la justifier et de la promouvoir. La détruire fait de moi un despote sans imaginaire.

À Montréal, l’impro est en train de sombrer dans le rire plate et gras. Comme une pute, l’impro se vend, vautrée dans ses plus ignobles facilités. Nous ne nous opposons pas à l’humour improvisé, nous nous opposons à cette ridicule parade d’égos. Nous revendiquons l’improvisation-croisade! Nous revendiquons l’impro-prouesse! Trop souvent, les bâtisseurs et les bâtisseuses se taisent et parfois plient l’échine pour entrer dans la ronde. Il est temps d’opposer un immense NON à cette farce! Il est temps de cuisiner autre chose que des plats pour scatophiles.

 

N’improvise pas qui veut...